Maçonnerie en pierre apparente, à pierre vue ou enduite?

Une maçonnerie a été conçue :

  1. pour être enduite.
  2. pour laisser apparaître la tête des moellons
  3. pour laisser apparaître les moellons, posés et assemblés à sec.

Retrouver, expliquer et comprendre les intentions du bâtisseur est le préalable à une opération de restauration du bâti ancien.

Ce que l’on peut se dire :

Ne pas cacher ce qui avait été fait pour être vu et ne pas faire apparaître ce qui avait été conçu pour être caché.

Car : il y a d’abord ce qui relève de la fonction et ensuite ce qui est de l’esthétique. Restaurer n’est jamais faire de la décoration. Restaurer c’est rétablir le bâti ancien dans son état d’origine, dans « sa vérité » de cette vérité découle une esthétique.

On peut se demander : mais à quoi sert l’enduit qui recouvre les deux parements (intérieur et extérieur) d’un mur maçonné ?

D’abord à protéger, ensuite à isoler, enfin à embellir, c’est-à-dire : mettre en valeur.

Protéger : l’enduit protège les moellons et les joints de la pluie et du gel : des intempéries.

Isoler : l’enduit qui permet les échanges, encaisse le mouillé et le sec, le froid et le chaud et sert d’amortisseur thermique et hygrométrique. L’enduit est un élément de climatisation. Il s’agit de l’enduit intérieur comme de l’enduit extérieur. Raison pour laquelle un enduit sera respirant, la formule du mortier sera : chaux aérienne et sable.

Embellir : l’enduit permet la mise en valeur des modénatures(1). Ces modénatures  peuvent avoir été réalisées en pierre, en brique, en pierre et brique ou en mortier. Les modénatures soulignent, par le relief, les ouvertures, les bandeaux, chaînages  et corniches qui rythment une façade. Indispensable grammaire du bâti, les ouvertures ainsi soulignées, donnent un regard à la construction, selon leurs proportions et la position qu’elles occupent les unes par rapport aux autres. Tandis que les bandeaux, corniches et chaînages révèlent les éléments qui structurent une façade. Une corniche, un bandeau ne sont pas « que » faits pour faire « beau » mais ont d’abord une fonction primaire incontournable.

L’enduit ne doit pas être en débord sinon il ravit le rôle des modénatures dont le relief est l’âme même de la maison, son écriture, sa syntaxe. Contrarier ce dispositif revient à faire mentir le bâti, lui ôter la parole.

On peut se demander : mais comment faire lorsqu’il n’y a aucun relief apparent, lorsque les jambages, corniches et chaînages sont confondus dans la maçonnerie ?

Lorsque la maison est modeste et/ou très ancienne. Si les modénatures sont inexistantes. Les linteaux, jambages, appuis sont alors dans le plan de la maçonnerie. Nul relief dans ce cas.

Pour respecter ces caractéristiques, il suffit de recourir à l’application de méthodes identiques.

Pour restaurer : creuser les joints, les regarnir d’un mortier de chaux aérienne et sable (de carrière ou de rivière), attendre le délai de carbonatation, procéder au beurrage des joints pour obtenir une maçonnerie à « pierre vue ». Le choix du bon agrégat fournit la bonne couleur. Inutile de colorer le mélange sable-chaux, la couleur doit résulter du bon choix de ou des agrégats. Faire vrai, c’est vraiment faire.

S’il s’agit d’une maçonnerie en pierre sèche, il en va autrement. Il faut en être sûr, donc procéder à un examen du bâti. C’est-à-dire retrouver la fonction : bâtiment annexe, mur de séparation, mur de soutènement etc. En tout cas l’absence de mortier conduit à ne jamais refaire ou réparer  avec du mortier. La technique de la pierre sèche est vieille comme le monde, il n’y a qu’une recette pour restaurer un mur de pierre sèche : la technique de la pierre sèche.

jmv/2018/07/19

(1) modénatures : éléments en relief structurant la maçonnerie d’une façade.

 

 

Quelques exemples concrets pour enrichir le débat, car il y a bien débat.

Comment faire pour retrouver les intentions du constructeur ?

A Menou (Nièvre proche) le mur du château a été réparé. C’est facile à voir, deux tons de couleurs pour les moellons taillés et assemblées à sec.

A Billy-sur-Oisy, entourant autrefois des vignes, ce mur en pierre sèche est drainant. Cette technique lui a valu sa longévité, il figure sur le cadastre napoléonien très précisément avec sa fonction qui dura jusqu’en 1880. Sans aucun entretien depuis le départ de la vigne, il n’a pas pris une ride.

A Pesselière (commune de Sougères) ce mur a été restauré. A droite une finition à pierre vue, joint creusé et mortier ( ???) blanc. A gauche l’enduit d’origine, des têtes de moellons sont apparues au fil du temps. La couleur à droite est glaciale, à gauche le jaune paille repose le regard.

A Druyes-les-Belles-Fontaines, dans la ville haute, ici on a pris soin d’enduire la maçonnerie. Apparaissent les linteaux, les appuis, les jambages, les chaînages et la corniche : faits pour être vus. On a choisi de montrer quelques têtes de moellons du corps de la maçonnerie, la modération de cette réalisation fait que le résultat ne dénature pas l’ensemble.

A Donzy cette maison en pan de bois nous montre ce qui est à voir : les colonnettes, les appuis en bec de corbin. Le ourdi est fait d’un moellonnage soigneusement enduit. Ici sur cette maison séculaire, on a pris soin de faire disparaître le moellonnage pour : le protéger, protéger le bois et enfin mettre en valeur la structure faite pour être vue. Qui souhaiterait montrer les moellons ?

Retour à Druyes-Les-Belles-Fontaines, la belle pierre calcaire de Forterre est ici assemblée au mortier de chaux et sable de carrière. Les joints sont beurrés. Cette finition est en accord avec la qualité de la pierre qui ne craint pas le gel. Cette église romande est du XIIe.

A Sougères cette maçonnerie est celle d’une dépendance de ferme. Le moellonnage est soigné, la solidité assurée par la présence de boutisses. L’enduit a disparu complètement et les joints se sont délités. Normalement il faudrait ici intervenir en deux passes : bouchant les joints puis en les beurrant par un mortier respirant. Ps de dilemme ici. On voit clairement que les encadrements de l’ouverture sont au nu des moellons.

Même diagnostic pour la maçonnerie de ce mur bahut.

Ici pas d’hésitation, l’architecture villageoise du XIXe siècle affiche clairement ses choix techniques et esthétiques. Corniche, bandeaux, linteaux, jambages et appuis structurent la maçonnerie, le méplat légèrement débordant est bien fait pour être vu. La recherche « à tout prix » de la symétrie a obligé la création d’une vraie fausse fenêtre, au-dessus de la porte d’entrée.

Cette maison à Donzy montre le ourdi restauré, le bois peint à la peinture microporeuse couleur sang de bœuf, le socle est en moyen appareil de pierre de taille. Pas d’état d’âme, les joints seront à refaire, des pierres devront être réparées, mais ceci est un autre débat !