La vigne en Puisaye-Forterre

La viticulture, qui existait déjà à l’époque gallo-romaine, s’est développée dans l’Yonne dès le XIIème siècle sous l’action des moines cisterciens de Pontigny.

“Plan générale de tous les bois et terres de seigneurie d’Aigremont à messieurs les vénérables abbé et religieux de Pontigny, seigneurs dudit Aigremont” source Archives départementales de l’Yonne

                                  Plan d’arpentage de pièces de terre et de vigne. 1706. Source Archives départementales de l’Yonne. https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta546f01fbd7fd93cc

Au milieu du dix-neuvième siècle, chiffre officiel de 1859, l’Yonne est le département le plus viticole de France avec 40.000 hectares de vignes. Ses atouts sont la qualité des vins et la proximité de la rivière qui est une voie de transport rapide et peu couteuse vers Paris, où ces vins sont très appréciés. 80 % des vins de Bourgogne consommés à Paris proviennent à cette époque du département.

Production et commercialisation sont inégalement présentes dans le département :

Le chablisien et l’auxerrois sont très actifs tandis que la Puisaye-Forterre est peu concernée; ses vins, moins réputés, sont réservés à l’usage local. Cependant terriers et cadastres confirment la présence de vignes près des églises et des communautés religieuses, dans les fiefs seigneuriaux, puis au sein des domaines agricoles. En attestent encore de nos jours la trace de « climats » anciens et la persistance d’un bâti viticole : maisons de vigneron, « vinées ».

1883. Bulletin du Comice Agricole et Viticole de l’Yonne, (page 172). Vignes du Canton de Saint Sauveur.

 

1886 est une date fatidique :

le premier cas de phylloxera est détecté dans l’Yonne. Le parasite va provoquer en 20 ans la destruction quasi-complète du vignoble. A cette catastrophe s’ajoute le développement du chemin de fer qui amène à Paris les vins du midi qui sont de qualité inférieure mais moins chers.

En 1905, les vignes ont été terriblement réduites et se limitent aux abords des vallées de l’Yonne et ses affluents:

Paul Pacottet, Viticulture, 1905. Gallica

La replantation viendra surtout après la première guerre mondiale, partielle, et sur porte-greffes américains. Les changements sont majeurs. La population est réduite du fait de l’exode rural lié à la destruction des vignes et des emplois qui y étaient attachés, s’ajoutant aux nombreuses victimes de la guerre de 14/18. Moins de 20% du vignoble sont replantés et sur les terroirs les plus réputés (chablisien et auxerrois).

En 2014 la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Forêt) de Bourgogne-Franche-Comté estimait l’étendue du vignoble à 7400 hectares.

Aux changements quantitatifs s’ajoutent des changements qualitatifs. La méthode de culture est modifiée : on abandonne la vigne en foule (plantation en désordre) au profit de l’alignement. Les cépages sont moins nombreux : de la trentaine cultivée auparavant, moins d’une dizaine a été gardée. Le chardonnay domine (80%) puis viennent le pinot noir (10%), l’aligoté (5%), le sauvignon (2%, à Saint-Bris) enfin les autres (2%) dont le césar (à Irancy) et le tressot (ou tresseau). Par ailleurs on assiste au renouveau des « petits » vignobles.

Cette redécouverte s’appuie sur la tradition mais elle est surtout liée aux évolutions économiques et sociologiques. Parmi celles-ci il y a le renchérissement notable des grands crus, le développement des résidences secondaires, l’installation de citadins souhaitant quitter la ville, les progrès de l’écologie qui prône le rapprochement producteur-consommateur. Ces préoccupations environnementales ont également inspiré la pratique d’une viticulture biologique ou biodynamique, certes encore très minoritaire mais en croissance.

Et c’est ainsi qu’Epineuil, Joigny, Tonnerre, Vézelay, produisent à nouveau des vins de qualité.

Quant à la Puisaye-Forterre, elle bénéficie elle aussi du mouvement et produit désormais des vins appréciés sous l’impulsion notamment de jeunes vignerons adeptes d’une culture biologique.

 

La longue histoire du vignoble en Puisaye-Forterre a laissé des traces, encore visibles dans le paysage et dans le bâti ancien.

Une parcelle, autrefois plantée de vigne, protégée par un mur en pierre sèche.

Dans le bâti il y a les vinées et les caves, elles existent encore ; et puis dans le paysage il y a les enclos, certes rares. Le cadastre actuel ne montre plus le parcellaire typique des territoires plantés de vignes, mais le plan napoléonien nous permet de retrouver ces traces.

Dans les « bonnes maisons » on se devait d’avoir, avec les vignes, un lieu dédié à la récolte et à la transformation du raisin : une vinée.Le Château de Saint-Sauveur, juché sur une sorte d’oppidum, bâti au XVIIe siècle, possédait une vinée.

Celle-ci, sise sur le Pâtis du Château de Saint-Sauveur, est intégrée dans la structure de l’oppidum où se dressent la Tour Sarrasine, le Château, ses dépendances dont un moulin à vent. Cette vinée a fait l’objet de travaux de sauvetage, en partie financés par une souscription menée sous l’égide de la Fondation du Patrimoine.

Il existe encore à Perreuse, un village perché entre Puisaye et Forterre, une vinée et plusieurs maisons de vignerons. La vinée de Perreuse se trouve logée dans un bâtiment disposé à l’arrière de la maison dite du Prévost.

Indice, cet orifice qui permettait de déverser le raisin dans des foudres disposées au niveau inférieure.

Toujours à Perreuse une autre vinée se trouve au château, bâti vers 1780 par le président du grenier à sel de Cosne, M. de Beaubois de Grandmaison.

La vinée était disposée dans la très grande annexe mitoyenne qui communique directement avec une cave qui a la taille du logis. Très haute, cette cave pouvait accueillir des cuves d’un grand gabarit.

1886, le bulletin du Comice Agricole et Viticole de l’Yonne annonce les prix décernés à des vignerons de Perreuse.

Pour entreposer le vin, le cidre et bien d’autres produits précieux, il y avait la cave. Un lieu obscur, frais en été, où en hiver il ne gèle pas. Là le vin mis en bouteille se conserve et en prenant de l’âge se qualifie. Cette maison de Perreuse avait été bâtie avec une entrée de cave ouvrant sur la rue, facile d’accès, un anneau placé sur le seuil permettait de passer une corde pour descendre les barriques.

Le cadastre napoléonien de Perreuse a été dressé en 1825. Le vignoble principal se trouvait à Montaffillon. Les vignerons possédaient et/ou exploitaient déjà des vignes plantées en rangs, ce qui explique la disposition des parcelles en lanières, dans le sens de la pente.

A Billy-sur-Oisy, ce plan est annexé au cadastre napoléonien dressé ici vers 1820. Les parcelles sont nommées par la culture.

Les parcelles plantées de vignes étaient entourées de murs en pierre sèche. Durant les journées d’automne, les pierres emmagasinaient la chaleur qui était restituée durant la nuit.

Ce site remarquable est sans doute un des derniers encore intact et complet. La vigne a disparu depuis longtemps, cependant poussent encore ici et là quelques pieds. Cette plante particulièrement résistante n’a pas quitté les lieux et peuple encore les haies des alentours.

 

A suivre épisode 2, les nouveaux vignerons